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Le blog d'Émy

L'antispécisme, une lutte facile (?)

10 Novembre 2014, 18:00pm

Publié par Émy

L'antispécisme, une lutte facile (?)

Les antispécistes™ me gonflent

Celà fait un petit moment que je réfléchis ce thème. Jusqu'à présent, je n'avais que le titre et des pistes de réflexion en tête mais il est temps que je les mette en ordre et fasse mon article !

Après un certain nombre d'événements et de dicsussions diverses, j'en suis arrivée à me poser de sérieuses questions sur le mouvement antispéciste lui-même.

En effet, depuis un certain temps, j'en suis arrivée à la conclusion que la lutte antispéciste était la plus facile. Et contrairement aux apparences, ce n'est pas spécialement une bonne chose politiquement.

Je m'explique. Quand je dis que c'est facile, ça n'a rien à voir avec la vie quotidienne ; pour se nourrir, s'habiller, pour son hygiène personelle, par exemple, ça demande des aménagements qui peuvent être compliqués et coûteux selon ses moyens et l'endroit où l'on vit.

Ce n'est pas de ça que je parle.

Politiquement donc, je pense vraiment que c'est très certainement la lutte qui demande le moins d'efforts : on peut se contenter d'une remise en question partielle voire nulle. Voyons pourquoi.

J'ai partagé récemment trois articles traitant de l'intersection entre l'antispécisme et le racisme, l'ethocentrisme et le colonialisme. Jusqu'à cet été, je ne comprenais vraiment pas les propos de ceux de Mrs. Roots et de Ms. Dreydful. Il m'a fallu faire face à pas mal de violence au sein même du mouvement antispéciste pour réaliser à quel point je n'avais pas idée de ce qu'est vraiment ce mouvement !

Tout d'abord, je vais reprendre les propos de Mrs. Dreydful : Elle affirme que l'un des plus gros problèmes du mouvement antispéciste est que c'est une lutte de domiants -alliés certes, mais de dominants quand même- dans laquelle les dominés n'ont aucunement la parole, ce qui est assez logique, vu que nous ne communiquons pas avec les mêmes formes de langage.

Et c'est sans compter que le véganisme n'est parfois qu'une simple question d'égo au-dessus duquel on pose de belles et nobles raisons d'altruisme et d'empathie sans en être capable une seule seconde quand il s'agit de ses congérères humains. Comme je le disais plus haut, la remise en question n'est pas une condition indispensable pour devenir antispéciste. Et ce genre de personne me semble assez répandu dans la lutte anti-spéciste. En tout cas, j'en ai croisé suffisamment pour me dire que ce n'est peut-être pas un phénomène marginal.

Tout ça pour dire que ce n'est pas demain la veille que les chiens, les chats, les thons, les coqs, ou encore les chevaux nous remettront à notre place en nous disant qu'on est bien gentils avec notre antispécisme mais que concrètement, on est parfois à mille lieux d'être pertinents ! D'ailleurs, je suis sûre que s'iels le pouvaient et le faisaient, beaucoup de personnes qui se revendiquent anti-spécistes aujourd'hui pleureraient qu'ils ne le seront jamais parce que les lions, tortues, cygnes ou encore les loutres sont méchantes avec iels alors qu'iels sont si gentil-le-s de bien vouloir se donner la peine de dépenser temps et énergie pour lutter à leur place pour elleux !

Je crois avoir compris que pour un certain nombre d'antispécistes, nous humains sommes dominant-e-s vis-à-vis des autres espèces animales. Jusqu'ici, je suis d'accord.

Mais pour certain-e-s, nous n'avons en tant que dominant-e-s pas le moins du monde le droit de nous plaindre de subir telle ou telle oppression ! Là, je décroche. Et je crains de ne pas caricaturer leurs positions et propos.

J'ai plus d'une fois vu, lu, entendu des personnes se borner à dire que comme les saumons, les veaux, les lapins ou encore les moutons meurent par millions (voire par milliards) chaque jour, ce sont les seuls à vraiment souffrir. Comme si seule la mort était une souffrance à prendre en compte. Ça et les « viols » de vaches (je caricature mais c'est loin d'être la seule comparaison ignoble, dépolitisée et à côté de la plaque dont certains anti-spécistes sont capables sans voir où se situe le problème). Par contre, les viols d'humain-e-s...

Et ces mêmes personnes se diront hautement plus intelligentes et prétendront être parmi les personnes les plus empathiques et sensibles à la douleur d'autrui qui soient ! Égocentrisme, je disais !… Les humains sont pour elleux des animaux quand ça les arrange !… C'est donc ainsi que certains en viennent à tomber dans une forme d'arrogance, de paternalisme et de pseudo-misanthropie (mais véritable racisme / misogynie / mépris de classe...) très violente dans laquelle ils prétendent mettre tous les humains dans le même sac alors qu'ils ne font que reproduire tous ou une bonne partie des rapports de domination existants.

C'est selon moi d'autant plus vrai que beaucoup d'antispécistes ne verraient aucune objection à aller répandre la « bonne parole » végane et antispéciste dans des pays évidemment « sous-développés » dont iels ne savent rien des us, coutumes et de l'histoire ; et surtout, sans même se poser la question de savoir s'il existe déjà des structures spécialisées dans la protection des animaux sur place, en bon-ne-s missionnaires colonisateurices qu'iels sont ni jamais prendre en compte le moins du monde le fait que l'Occident n'a aucune leçon à donner quant au respect des animaux et même que personne ne les y attend pour ça.

Je dis « évidemment » parce que bizarrement, on ne se pose jamais la question de la présence ou non de ce genre de structure dans les pays du Nord, les pays soi-disant « développés » tant ça semble « normal » de partir du principe que les pays du Nord sont forcément plus « avancés » que les pays du Sud dans tous les domaines (économique, politique, technique...) ou presque.

 

J'ai plus que l'impression que le racisme et en particulier l'islamophobie sont des tares très répandue parmi les véganes. En tout cas, une bonne partie de ceux que j'ai vu cet été ne voyaient pas de problème de racisme là où il devrait sauter aux yeux !

Pourtant, je suis persuadée que l'antispécisme n'est rien s'il ne s'inclut pas totalement dans les luttes contre les dominations inter-humaines (patriarcat, racisme, cissexisme, validisme et même capitalisme pour ne citer que ceux-là).

Pour ce qui me concerne, ce sont le féminisme et l'antiracisme qui m'ont menée à l'anti-spécisme. C'était pour moi une suite logique. La domination qui n'a pas de nom et - comme pour le racisme et le sexisme - dont les victimes sont totalement niées en tant qu'individu, dont on aime à croire qu'elles sont incapables de ressentir quoique ce soit et dont les souffrances sont tellement ignorées que l'on se permet même de la jauger à leur place : une amie m'a récemment rapporté qu'une de ses proches avait affirmé que les crevettes trouvaient agréable d'être ébouillantées vivantes ! Logique !


Là où je veux en venir, c'est que j'ai remarqué que sans ces réflexions sur les dominations inter-humaines, les réflexions anti-spécistes peuvent souvent (si ce n'est toujours) mener à une perpétuation de ces dominations. Il suffit de voir les campagnes publicitaires sexistes et grossophobes de Péta, les propos racistes et homophobes de Brigitte Bardot ou l'indulgence envers l'extrême droite pour s'en rendre compte !

En bref, l'antispécisme a un problème. Et ce problème est le manque quasi-total d'inclusion d'autres luttes progressistes voire son conservatisme pour ne pas dire « côté réactionnaire ». Pas étonnant que ce mouvement ne soit pas pris au sérieux voire carrément rejeté par certains mouvements. En tout cas, si ce n'était pour les cochons, les truites, les taureaux, les canards, les renards et tous les autres, j'aurais laissé tomber l'antispécisme et ses réactionnaires qui s'ignorent (ou pas).


Sur le même sujet :
L'antispécisme dans les luttes anti-dominantes lien mort 
Les Véganes tm, ces antispécistes qui nous les brisent

Commenter cet article

Cramazouk 22/10/2015 23:40

"Pourtant, je suis persuadée que l'antispécisme n'est rien s'il ne s'inclut pas totalement dans les luttres contre les dominations inter-humaines (patriarcat, racisme, cissexisme, validisme et même capitalisme pour ne citer que ceux-là)."

Incontestablement.