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Le blog d'Émy

Ni queer, ni LBGTQI : Asexuelle.

4 Décembre 2017, 18:25pm

Publié par Émy

Retour sur : « Quelle place pour l’asexualité dans les luttes politiques ? » du 26 Mars 2017

Depuis mars, date de publication de ce premier article, mes réflexions à propos de l'asexualité et sa place dans les luttes LGBTQI+ ont quelque peu évolué. Article que j'entamais ainsi :

Voici donc ce qu’il en est : je me demande s’il est vraiment pertinent d’ajouter un « A » pour « asexuel·le·s » dans le sigle « LBGTQI ». Je tiens à prévenir que ce que j’avance ici n’engage que moi et je peux comprendre que d’autres asexuel·le·s soient en parfait désaccord.

Quelle place pour l'asexualité dans les luttes politiques

Cette question, je me la pose toujours mais pas tout à fait selon les mêmes termes et pour principalement une autre raison que celles que je soulevais en mars. Cette raison justifiant le titre choisi ici.

Je m'explique : Je concluais mon précédent article en disant ne pas savoir ce que signifie le mot « Queer ». Pour tout dire, ce terme me semble être utilisé et compris essentiellement par des militant·e·s se réclamant de cette appellation. C'est à dire qu'il y a – je pense – autant de définitions du mot « queer » qu'il y a a de queers. Par conséquent, j'ignore ce que ce mot définit concrètement ; j'ignore quels en sont les contours, qui peut s'en réclamer et sur quelles bases ?

Ces questions m'empêchent de faire cette appellation mienne, d'autant que c'est justement sur cette sorte de flou que j'ai déjà vu des individus violemment rejeter l'idée de laisser les ace s'identifier comme Queer. De plus, j'ai la forte impression que si, en tant qu'asexuelle, j'utilisais ce mot, je serais de fait identifiée comme lesbienne ou bi/pansexuelle, éventuellement comme n'étant pas une femme cis, ce qui n'aiderait pas à rendre l'asexualité moins invisible.

«  Certaines questions méritent donc d’être posées une bonne fois pour toutes :

  • Quelles sont les revendications spécifiques des asexuel·le·s mis à part la visibilité ?
  • Quelle position politique sous-tend cette question de la visibilité ? Est-elle pertinente ?
  • Qu’est-ce qui politiquement justifie une éventuelle lutte spécifique ?
  • L’acephobie existe-t-elle ?
  • Les aces subissent-iels une oppression spécifique ?
  • Si oui : Sous quelle forme ?
  • Quelle serait la place des hommes cis hétérosexuels et aromantiques ou asexuels et hétéro-romantiques ?

En termes de revendications, il s’agit essentiellement de reconnaître l’asexualité comme étant une orientation sexuelle à part entière (d’où l’inclusion du « A » dans le sigle « LGBT ») et il s’agit aussi de ne plus considérer que l’absence d’envie et de besoin de sexe et/ou d’amour romantique relève de l’anomalie voire de la pathologie. En soit, ce sont des revendications importantes et je suis bien placée pour être d’accord avec ça. »

Et je n'ai pas changé d'avis à ce sujet.
Seulement, je me demande de plus en plus si cette volonté d'inclure l'asexualité dans les luttes et surtout dans le sigle LGBTQI ne relève pas d'abord d'une vision très simpliste et uniquement identitaire des revendications LGBTQI.
Ce que je veux dire par là est que j'ai la forte impression que se dire LGBTQIA en tant qu'ace revient uniquement à revendiquer une identité basée sur son (absence d')orientation sexuelle sans pour autant avoir d'analyse politique claire voire pas d'analyse politique du tout sur l'asexualité et les éventuelles problématiques et revendications liées. Du coup, les luttes LGBTQI sont effacées et ne reste qu'un empilement d'identités et rien d'autre. On est LGBTQIA comme on est fan d'une série à la mode en somme.

Et je cite là un autre texte datant de 2016 et que j'ai lu très récemment :

Cette recherche identitaire pure, je résume, ne mène qu’à dépolitiser le vocabulaire queer, appauvrir sa richesse sémantique et subversive, et re-naturaliser nos désirs et nos expressions de genre à coups de vernis scientifique ambiance débuts de la médecine moderne. Miam. On va où avec ça ? à quoi ça sert, politiquement ? à quoi ça sert, tout court ? à se rassurer sur le fait qu’on a mis chaque bout de soi-même dans une petite case bien étanche ? Qui suis-je ? + qui aime-je ? + qui baise-je ? Mais j’en sais rien mon ami·e ! et c’est pas très grave.
Il me semble, mais peut-être que je me trompe, que leurs auteur·ice·s sont persuadé·e·s que ces inventions sémantiques participent d’une complexification et d’un enrichissement du vocabulaire et des concepts existants. En défense de ces abécédaires, je découvre et lis des arguments que je me permettrai de résumer ainsi : « VOS définitions sont trop étroites, NOS genres fluides dépassent VOS cases et c’est pourquoi on invente ces mots ». Mais – et puisqu’on on en est au « vous » et « nous » – nos mots sont bien plus ouverts et leurs définitions bien plus souples et fluides que vos abécédaires interminables aux mots étroits.

Petites notes sur les abécédaires du gender

On en revient aux questions que je posais déjà en mars en plus de celle-ci : que voulons-nous exactement ?

J'ajouterai qu'à mon sens, les asexuel·le·s n'ont rien à faire dans les luttes LGBTQI tant qu'il ne s'agira que de se revendiquer d'une identité hors norme sans qu'aucune des questions posées ci-dessus n'auront de réponse.

Par ailleurs, s'il ne s'agit que d'adopter le sigle « LGBTQIA » pour paraître inclusif·ve mais sans pour autant réfléchir à ce que signifie cette inclusion concrètement, à quoi cela peut-il servir ?

Un autre point sur lequel j'aimerais revenir est celui-ci :

Mais pour être honnête, plus le temps passe, plus j’estime qu’il n’y a - au-delà de ce dont je parlais plus tôt - aucune oppression particulière devant faire l’objet d’une lutte spécifique, surtout compte tenu de la multiplicité des profils.

Quelle place pour l'asexualité dans les luttes politiques

Si je pense toujours que les ace en tant que tel·le·s ne subissent aucune oppression du fait même de l'invisibilité, il me semble important de nuancer en ajoutant que la pathologisation et le rejet parfois violent de l'asexualité sont loin d'être sans conséquences dans la vie des personnes concernées, notamment en terme de santé autant physique que mentale.

Est-ce pour autant que l'on peut parler d'oppression ? C'est une question à étudier.

Et je pense vraiment qu'avant de nous greffer aux luttes LGBTQI, et surtout, au lieu de créer étiquettes sur étiquettes toujours plus vides de sens et se vautrant dans une forme d'individualisme parfaitement dépolitisée, une réflexion politique sur ce qu'est concrètement le spectre asexuel, sur la façon dont il met en cause le modèle hétérosexiste de la société, sur une véritable pertinence concernant l'inclusion de l'asexualité dans les luttes LGBTQI et dans les réflexions politiques liées est à mener.

On remarquera que ces questionnements sont à peu près les mêmes concernant la non-binarité mais je n'en parlerai pas ici. D'une part parce que ce n'est pas mon sujet et d'autre part, je ne suis pas bien placée pour parler de ces questions.

Pour les étiquettes, voir l'article ci-dessous, suivi d'autres citations :

Ainsi, les bi/pan et homosexuel·le·s aromantiques et les bi/pan et homo-romantiques asexuels subiront une homophobie que ne vivront jamais les asexuel·le·s hétéro-romantiques et les aromantiques hétérosexuel·le·s, ni les asexuel·le·s aromantiques. De même, je me permets de coller ici un extrait de l’article évoqué en introduction :

Je crois que la situation est sûrement plus complexe en ce qui concerne les personnes asexuelles et faisant partie de minorités du point de vue de la sexualité (de l’attirance “romantique” si vous préférez) ou des personnes trans. Le faible nombre de partenaires disponibles, la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent nombre de ces personnes rend les choses plus complexes. Il me semble que l’asexualité dans ce cas peut renforcer une relation de pouvoir qui existerait entre partenaires et du même coup favoriser des relations abusives du / de la partenaire allosexuel·le sur son/sa partenaire asexuel·le. Je pense que ce serait intéressant justement que pour une fois ce ne soient pas les personnes cisgenres et hétéros qui prennent toute la place de la discussion sur l’asexualité et qu’on entende ce qu’ont à dire les aces LGB et/ou trans.

Texte : « C’est mon ressenti »

C'est mon ressenti

Donc, je pense que les problématiques rencontrées par les personnes se trouvant sur le spectre asexuel entrent dans des questionnements, revendications et luttes féministes : L’hypersexualisation, l’hétéronormativité (revendication commune avec les luttes LGBTQI), les injonctions au sexe et la culture du viol, la virilité obligatoire et aussi les questions relatives au couple concernant les obligations que celui-ci implique. En somme, les revendications ace sont solubles dans le féminisme.

Article précédent

Là encore, ce sont justement des questions à approfondir et qui pourraient même enrichir et qui pourraient permettre de renforcer les liens entre réflexions et luttes féministes et LGBTQI, les deux n'étant en aucun cas mutuellement excluant.

On ne peut se contenter de forcer l'entrée d'une lutte sans rien apporter avec soi en terme politique, sous risque de rencontrer un rejet certes difficile à vivre mais loin d'être infondé.

Je ne suis pas en train de dire que les revendications asexuelles ne sont pas importantes, ni qu’elles n’existent pas et encore moins qu’elles doivent disparaître, effacées par d’autres luttes « plus importantes ».
Je dis simplement que rien pour moi ne justifie l’existence d’une lutte asexuelle spécifique et que l’inclusion du « A » pour asexuel-le dans le sigle « LBGTQI » n’est peut-être pas si pertinente à mon avis. Pendant un moment, ça me blessait pas mal de parfois ne pas voir ce fameux « A » dans « LBGTQI ». Mais maintenant, je me dis que politiquement, ça n’aurait pas tellement de sens. Car ce qu’on qualifie parfois d’acephobie est toujours du sexisme et/ou du virilisme parfois teinté d’homophobie (voir article « C’est mon ressenti » pour plus de précisions).

Quelle place pour l'asexualité dans les luttes politiques ?

Pour nuancer mon propos, le fait que la quasi absence de réflexions politiques à ce sujet m'a menée à tenir ces affirmations. Et surtout, j'ai constaté que les justifications apportées pour expliquer l'existence de l'acephobie et la pertinence de l'inclusion des ace dans les luttes LGBTQI ne consistaient jamais à rien d'autre qu'à des ressentis et anecdotes personnelles.

Revenons-en à ce que je disais : si l'on accepte que le privé est politique, ça ne signifie en aucun cas que l'on doive faire de son cas une généralité mais que l'on doit plutôt prendre la peine d'analyser en quoi la répétition de cas personnels font système. Or, on se contente souvent de sur-individualiser ce qui devrait être des questions politiques, de faire appel à la seule notion du ressenti, parfois pour réduire au silence des tentatives d'analyse qui déplaisent et au final de ne pas voir plus loin que le bout de son nez.

C'est pour ça à mon avis que le spectre asexuel est l'orientation sexuelle qui subit le plus de multiplication d'étiquettes qui n'ont aucun sens, allant dans la droite ligne de ce que la société capitaliste libérale fait de pire dans le genre individualiste et qui ressemblent plus à des marques ou à des slogans publicitaires « Parce que je le vaux bien ! ».
What else ?

J'affirmais ensuite que « les asexuel·le·s existent et non l'acephobie ». Je ne suis plus aussi affirmative à ce sujet à l'heure actuelle mais je pense toujours que l'existence ou non de l'acephobie mérite bien plus que des affirmations péremptoires et une multiplication d'anecdotes individuelles.

En somme, il me semble important de ne pas oublier d'être concret dans nos analyses.

C'est à dire qu'il nous faut définir clairement et concrètement ce qui fait que les ace font face à des pratiques et discours discriminants et/ou oppressifs AVANT de chercher à s'inclure dans les luttes LGBTQI.

C'est à ce prix que nous pourront avoir des discours et des revendications politiques claires et que nous trouveront éventuellement notre place dans les luttes LGBTQI si cela s'avère pertinent.

En attendant, il faut se mettre sérieusement au travail. Ça sera probablement long, certainement douloureux mais il est important que l'on s'y mette.

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