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Le blog d'Émy

Quelle place pour l’asexualité dans les luttes politiques ?

26 Mars 2017, 19:20pm

Publié par Émy

Il y a un certain temps que cette réflexion tourne dans ma tête. Et la lecture de ce texte ainsi que ma participation à un mémoire de recherche sur l’asexualité m’ont poussées à les poser par écrit, maintenant que les choses sont un peu plus claires.

Voici donc ce qu’il en est : je me demande s’il est vraiment pertinent d’ajouter un « A » pour « asexuel-le-s » dans le sigle « LBGTQI ». JE tiens à prévenir que ce que j’avance ici n’engage que moi et je peux comprendre que d’autres asexuel-le-s soient en parfait désaccord.
Certaines questions méritent donc d’être posées une bonne fois pour toutes :

  • Quelles sont les revendications spécifiques des asexuel-le-s mis à part la visibilité ?
  • Quelle position politique sous-tend cette question de la visibilité ? Est-elle pertinente ?
  • Qu’est-ce qui politiquement justifie une éventuelle lutte spécifique ?
  • L’acephobie existe-t-elle ?
    • Les aces subissent-iels une oppression spécifique ? Si oui :
      • Sous quelle forme ?
      • Quelle serait la place des hommes cis hétérosexuels et aromantiques ou asexuels et hétéro-romantiques ?

En termes de revendications, il s’agit essentiellement de reconnaître l’asexualité comme étant une orientation sexuelle à part entière (d’où l’inclusion du « A » dans le sigle « LGBT ») et il s’agit aussi de ne plus considérer que l’absence d’envie et de besoin de sexe et/ou d’amour romantique relève de l’anomalie voire de la pathologie. En soit, ce sont des revendications importantes et je suis bien placée pour être d’accord avec ça.

Mais pour être honnête, plus le temps passe, plus j’estime qu’il n’y a - au-delà de ce dont je parlais plus tôt - aucune oppression particulière devant faire l’objet d’une lutte spécifique, surtout compte tenu de la multiplicité des profils.

Ainsi, les bi/pan et homosexuel-le-s aromantiques et les bi/pan et homo-romantiques asexuels subiront une homophobie que ne vivront jamais les asexuel-le-s hétéro-romantiques et les aromantiques hétérosexuel-le-s, ni les asexuel-le-s aromantiques. De même, je me permets de coller ici un extrait de l’article évoqué en introduction :

Je crois que la situation est sûrement plus complexe en ce qui concerne les personnes asexuelles et faisant partie de minorités du point de vue de la sexualité (de l’attirance “romantique” si vous préférez) ou des personnes trans. Le faible nombre de partenaires disponibles, la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent nombre de ces personnes rend les choses plus complexes. Il me semble que l’asexualité dans ce cas peut renforcer une relation de pouvoir qui existerait entre partenaires et du même coup favoriser des relations abusives du / de la partenaire allosexuel-le sur son/sa partenaire asexuel-le. Je pense que ce serait intéressant justement que pour une fois ce ne soient pas les personnes cisgenres et hétéros qui prennent toute la place de la discussion sur l’asexualité et qu’on entende ce qu’ont à dire les aces LGB et/ou trans.

Texte : « C’est mon ressenti »

Donc, je pense que les problématiques rencontrées par les personnes se trouvant sur le spectre asexuel entrent dans des questionnements, revendications et luttes féministes : L’hypersexualisation, l’hétéronormativité (revendication commune avec les luttes LGBTQI), les injonctions au sexe et la culture du viol, la virilité obligatoire et aussi les questions relatives au couple concernant les obligations que celui-ci implique. En somme, les revendications ace sont solubles dans le féminisme.

Je ne suis pas en train de dire que les revendications asexuelles ne sont pas importantes, ni qu’elles n’existent pas et encore moins qu’elles doivent disparaître, effacées par d’autres luttes « plus importantes ».
Je dis simplement que rien pour moi ne justifie l’existence d’une lutte asexuelle spécifique et que l’inclusion du « A » pour asexuel-le dans le sigle « LBGTQI » n’est peut-être pas si pertinente à mon avis. Pendant un moment, ça me blessait pas mal de parfois ne pas voir ce fameux « A » dans « LBGTQI ». Mais maintenant, je me dis que politiquement, ça n’aurait pas tellement de sens. Car ce qu’on qualifie parfois d’acephobie est toujours du sexisme et/ou du virilisme parfois teinté d’homophobie (voir article « C’est mon ressenti » pour plus de précisions).
Les asexuel-le-s existent, l’acephobie non.

En tout cas, pour moi, il est évident qu’en tant que Femme noire précaire, la question de mon asexualité est politiquement inopérante. Seule ma condition de femme noire mais surtout de femme qui « active » éventuellement les problématiques liées à mon asexualité, comme un de mes précédent articles le soulignait déjà.
D'ailleurs, je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà pu dire à ce sujet concernant mon vécu de femme noire asexuelle mais j’estime aujourd’hui que d’un point de vue militant, l’asexualité est une question féministe pour l'essentiel.

Il me reste une dernière question à laquelle je n’arrive pas à répondre : Le spectre asexuel est-il Queer ?
Si je suis incapable de répondre à cette question, c’est parce que je n’ai à cette heure toujours pas la moindre idée de ce que « Queer » veut dire, ni de ce que ça recouvre.

En attendant de pouvoir répondre, c’est donc en tant que féministe et non en tant qu’individu LGBTQIA que je lutterai pour la visibilité et la normalisation de l’asexualité. Rien de plus, rien de moins.

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