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Le blog d'Émy

Colère politique, ou comment Facebook m'a fragilisée

31 Décembre 2015, 16:25pm

Publié par Émy

J'ai commencé ce texte en août 2015, et je crois qu'il est temps que j'en finisse avec ce sujet qui me ronge depuis ce temps-là. Je n'y ai que peu touché mais ai tout de même ajouté quelques réflexions récentes à ce sujet.

Colère politique, ou comment Facebook m'a fragilisée

Il y a près environ deux mois, j'ai fermé mon compte Facebook. Ce médium m'avait usée et je commence à sérieusement le soupçonner d'avoir quelque chose à voir avec le début de la phase dépressive de laquelle je sors peu à peu depuis ce départ. Je n'en pouvais plus de ce site réactionnaire qui défend les agresseur-euse-s et qui s'en prend aux victimes de plein de façon différentes, en commençant par exiger qu'elles donnent leur nom enregistré à l'état civil.

Depuis, j'ai eu le temps de réfléchir à la façon dont les choses s'y passent. Et j'ai réussi à mettre le doigt sur ce qui me posait problème.

Je savais que le militantisme virtuel m'épuisait. D'autant plus que j'avais le curseur sur plein de groupes et pages militantes et de murs persos, Je passais mon temps à m'énerver sur des propos qui, au mieux, étaient à côté de la plaque ou au pire, se révélaient être oppressifs.

Et cette accumulation de sentiments de colère, de tristesse, de désespoir parfois et souvent de solitude me rongeaient sans que je ne m'en rende compte. Je ne réalisais pas à quel point ces propos et parfois certaines personnes elles-mêmes étaient toxiques. D'autant plus que je multipliais les interactions, m'exposant à énormément de violence verbale.

En plus de tout ça, la culture de l'immédiateté qui règne sur les réseaux sociaux ajoutée à une compassion et à une empathie fortement amoindries par le fait que l'on discute plus avec des personnages virtuels qu'avec d'autres individus parfois eux-mêmes seuls devant un écran, ont pour conséquences des réponses souvent plus emplies de colère et d'agressivité qu'elles ne l'auraient été IRL. Du moins dans certains cas : je me suis souvent dit que tel ou tel *événement* m'aurait bien plus mise en colère IRL justement.

En colère contre moi d'abord, car j'ai énormément de mal à m'exprimer à l'oral. Si bien que j'ai souvent l'impression d'être une parfaite idiote. Je ne trouve pas mes mots, je crie n'importe quoi, j'insulte mais ne dit rien d'aussi pertinent que je ne le fais à l'écrit.

Je me dis qu'il y a un juste équilibre que je devrais trouver dans mon intérêt propre en priorité, entre cette difficulté à exprimer mes idées oralement et ma tendance à réagir au quart de tour sur un médium qui paradoxalement, devrait permettre de prendre le temps de la réflexion.

 

Colère politique, ou comment Facebook m'a fragilisée

Prendre le temps.

Aucun texte, aucune critique acerbe sur la colère militante n'a évoqué cet aspect, ni la solitude effective des individus devant leur écran.

Allant du moyen au médiocre en passant par la chouignerie pure et simple de pauvre chose fragile ou pire : à l'utilisations de personnes qui n'ont rien demandé comme outils pour accuser autrui de tous les maux, ces textes m'ont tous posé de sérieux problèmes. Tous sans exception aucune, malgré mes efforts pour leur trouver -parfois avec succès- des réflexions pertinentes et utiles dans une éventuelle réflexion concernant le sujet qui nous occupe ici. Et j'aimerais évacuer ça une bonne fois pour toutes ici, aujourd'hui.

Souvent égocentrés, la totalité de ces textes sont tour à tour moralisants, culpabilisant, injonctifs, binaires et simplistes quand ils ne sont pas tout simplement accusateurs. De plus, jamais au grand jamais l'usage de la colère n'est contextualisée et pire encore, cette colère est systématiquement dépolitisée. 

Il est temps, je crois, de rappeler que tout ce que je dis ne tient qu'à moi et ne constitue en aucun cas une Vérité véritable et absolue.

 

Votre rage alimente le profit de chaque site majeur sur Internet; qu'il s'agisse de Facebook, de Twitter, de Fox Nation, de la section de commentaires du New York Times, des commentaires de blog, de Reddit, de Tumblr ou de Slashdot, votre rage en met d'autres en colère, les engageant à répondre sur des fils de centaines commentaires, ce qui les pousse à revenir obsessivement à ces fils de discussion, ce qui génère des vues, des publicités, et plus de profit pour les parties concernées.

http://coleremilitante.tumblr.com/post/121094865413/a-propos-de-la-toxicite-et-des-abus-en-milieu

Il est plus facile d'avoir une posture moralisatrice affirmant tout en le niant que la colère, c'est mal. Mais c'est normal d'être en colère. Mais c'est pas bien. Mais on comprend la colère. Mais il faut arrêter de se mettre en colère, parce que c'est de la faute de ces personnes qui s'énervent si les oppresseur-euse-s se montrent encore plus oppressif-ve-s et saoulent tout le monde avec leurs larmes de dominant-e-s !
Rien à voir avec une quelconque absence de volonté de remise en question et avec un problème d'égo mal placé, évidemment. C'est uniquement de la faute de ces personnes à la « colère vaine et incontrôlée ». Mais on comprend la colère des dominé-e-s sinon, soyez-en sûr-e ! On refuse seulement de la comprendre vraiment dans son ensemble en faisant semblant de ne pas voir la violence en face ou en lui trouvant des excuses et en faisant des parallèles et autres amalgames on ne peut plus douteux. Et je ne pense pas qu'au texte dont j'ai cité l'extrait ci-dessus. Loin de là.

C'est paradoxalement l'un des meilleurs textes sur le sujet. C'est dire le niveau des autres à mes yeux !…

Tout n'est pas aussi à chier que cet unique paragraphe dans le texte d'où il est extrait. Il m'a  quand même fallu trois lectures pour faire abstraction de ses problèmes (absence de contexte, « vous » accusateur, imprécisions concernant ce dont on parle : qu'est-ce qui est mis exactement derrière le mot « colère » dans ce texte ? Le dogpilling : fait de se mettre à plusieurs pour invectiver une seule personne ? Le ton ? Le cyber-harcèlement ? Les accrochages ? La riposte à des propos oppressifs (même si c'est dû à une « maladresse » ) ? Autre chose ?) et y trouver des pistes de réflexion intéressantes.

Comme quoi, sortir de Facebook m'a déjà fait gagner en persévérance !

Colère politique, ou comment Facebook m'a fragilisée

J'aimerais revenir sur une confusion qui revient souvent dans les retours concernant les articles dont je parle en introduction afin d'évoquer un point d'importance et particulièrement complexe : Qu'est-ce que distingue la riposte à des propos tenus pour agressifs et l'agression pure et simple se cachant derrière la colère légitime ?

Cette différence existe et elle peut-être subtile comme grossière.

Poser la question de la colère sur le net n'est pas simple. Loin de là. Qui se met en colère et pourquoi, contre qui, comment est elle est utilisée, gérée et exprimée, dans quel contexte et en étant seul-e face à la personne ayant tenu des propos plus ou moins graves* ou pas sont des questions d'importance qui ne sauraient en aucun cas être résumées à « OK c'est légitime mais quand même, c'est abusé de s'énerver contre un-e gentil allié-e maladroit ! Faudra pas s'étonner si on vous tourne le dos ! ». Je caricature à peine.

*Oui, parce qu'on se met en colère pour une raison en général...

Une image mignone parce que c'est bien les images mignonnes.

Une image mignone parce que c'est bien les images mignonnes.

Il y a effectivement un problème à refuser que l'on puisse se tromper, ne pas savoir, avoir un long chemin d'apprentissage devant soi et j'en passe. Je vis moi-même dans la peur que certains de mes écrits passés soient déterrés pour me discréditer. Parce que certaines personnes estiment que l'on n'a pas le droit de ne pas avoir été au point niveau réflexion politique plusieurs mois ou années auparavant. Moi-même ai du mal à me pardonner mes errances, Mais j'estime que mon intransigeance ne doit concerner que moi, qu'elle est d'ailleurs un problème que je ne peux gérer qu'avec moi-même.

Et pourtant, j'en ai eu marre de me mettre en colère. J'en ai eu assez de toute cette violence, du racisme, du sexisme, du mépris de classe, du capacitisme, de la psychophobie et du validisme, de la transphobie, et des autres oppressions qui sont -en plus - parfaitement acceptées par Facebook (tous ces termes sont expliqués dans un lexique -que voici-, pas d'inquiétude).

Ce n'est pas rien d'être en colère. Ce n'est pas une partie de plaisir et contrairement à ce qui revient souvent, il ne s'agit pas de se défouler gratuitement sur un pauvre gentil allié sans défense.

C'est loin, bien loin d'être aussi simple, aussi tranché.

Il y a aussi cette façon binaire de voir les choses en terme d'oppresseur absolu vs. dominé-e ultime ainsi que l'obligation tacite à prendre position dans certains débats qui m'a usée et qui peut mener à des violences parfois terribles.

Dans le même genre, je me souviens d'un épisode où j'ai moi-même été jetée sans ménagement d'un groupe (avant d'y être réintégrée) dont certains membres avaient parfois une notion très arrangeante de ce qu'est l'intersectionnalité voire du féminisme.

À ce moment-là, j'ai dû lutter contre la violence d'une personne pour qui je n'avais plus qu'une seule et unique dimension, pour qui j'étais l'« ennemie », la « sale X » à faire taire. Poser des questions pour comprendre ce qui allait ou plutôt n'allait pas était insupportable, quand l'inverse ne posait pas le moindre problème…
Prendre en compte le contexte était faire le jeu de l'ennemi. Ne pas oublier qui parle et depuis quelle position était sans intérêt. Même si, avec le recul, je vois parfaitement que ce qui a provoqué cette colère, je ne pardonnerai jamais d'en avoir été la victime expiatoire, ni cette façon de considérer qu'il faut être « "parfait-e» ou se taire.

Et j'ai franchement tendance à me dire que la structure et le mode de fonctionnement des réseaux sociaux est prépondérante dans l'existence de ce genre d'attitude.

Le fait d'être devant un écran et non directement face à une personne contribue à faire tomber les protections que sont l'empathie, la courtoisie et parfois le respect.

Le fait que tout aille vite n'aide pas à poser une réflexion.

La taille des messages aussi joue : les colonnes sont si étroites qu'une phrase de deux lignes dans un logiciel de traitement de texte en fait au moins le double sur Facebook et est impossible à rédiger sur twitter sans innonder son mur de mini-messages. Le terme « pavé » (que je trouve méprisant pour ma part) revient donc souvent, et on a la quasi-certitude ne ne pas être lu-e quand on prend le temps de développer une pensée politique.

Et pour quelqu'un comme moi qui aime écrire et prendre le temps de rédiger, de penser, de paufiner un texte, c'est assez difficile en fin de compte. Mais ce n'est pas le sujet.

N'oublions pas non plus d'être bienveillant-e-s envers nous-mêmes. 

Et ce, même si ça implique de laisser éclater sa colère, de la contenir, de passer le relais, de passer à autre chose ou même de ne rien dire et d'ignorer.

Il n'y a pas de « bon » choix, de « bonne » façon de militer, de se comporter ou de réagir et encore moins de leçons à donner ou à recevoir sur toutes ces réactions et sur leur gestion.

Colère politique, ou comment Facebook m'a fragilisée

Commenter cet article

Fred 05/06/2016 20:02

Merci. Brillant. Merci

Double-Six 15/04/2016 14:47

Par rapport à facebook, je suis actuellement la même pente...lassitude devant tant de commentaires vite écrits, irréfléchis ou méchants dans les différents groupes de discussion dont je fais partie. J'ai de plus en plus envie de prendre le large. En attendant, j'essaie de me discipliner et ne consulter ces groupes qu'à certains moments de la journée, sur un temps limité. Pas toujours facile.