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Le blog d'Émy

Coupable !

14 Août 2015, 18:50pm

Publié par Émy

J'avais prévu de rédiger un tout autre article pour aujourd'hui mais je tiens à mettre auparavant quelque chose au point et pousser un coup de gueule au passage.

J'ai reçu récemment ce commentaire que j'ai effacé (je rappelle qu'ici, je suis chez moi, ne partez pas du principe que vous pouvez dire tout ce que vous voulez sans prendre le risque d'être mis à la porte) :

"[…] ce lieu est peut-être (devenu) un exutoire où l'expression, animée par de puissantes émotions, se sent libre et tente ainsi de guérir une blessure qui ne parvient pas à cicatriser. Je doute néanmoins de l'efficacité de ce remède et je crois que, non seulement il obscurcit ton jugement, mais il contribue à attiser le feu de ta colère du malêtre qui en découle."

C'est typiquement ce genre de phrase qui "attise le feu de ma colère [et] du mal-être qui en découle" parce que ça sous-entend que je suis trop stupide pour savoir moi-même ce qui est bon pour moi, que je ne peux pas tout à fait penser, écrire, réagir, comme il me sied. C'est moi et moi seule qui décide de la façon dont je gère ma dépression et ma colère, pas une personne qui ne m'a jamais rencontrée, qui ne me connaît que depuis le prisme du peu d'articles que j'écris ici et rien d'autre ou presque.

Et mon jugement se porte come un charme, merci bien !

Tes mots tranchent comme des rasoirs

Tes mots tranchent comme des rasoirs

« Tu te complais dans ta dépression »

Mais ce commentaire, ainsi qu'un autre mail reçu après la publication de mon article « Conversation avec ma dépression » dont je garde un vague souvenir contiennent ce qui me gonfle le plus chez les gens qui ne savent pas parler aux personnes souffrant de dépression : la culpabilisation.

C'est quelque chose de récurrent que l'on rencontre quand on est en phase dépressive : il y a toujours quelqu'un pour nous affirmer que c'est - quelque part - de notre faute si l'on est au plus mal, surtout si ce que l'on fait ne correspond pas à leur façon de voir on devrait mener notre propre vie.

En somme, ces personnes pensent pouvoir se permettre de dicter la conduite des dépressif-ve-s sans pour autant avoir la moindre idée de ce que ce que ces personnes vivent et surtout, sans se poser de question quant à ce qu'est la dépression, à savoir, une maladie mentale.

Et, petite parenthèse, il n'y a rien de péjoratif à évoquer la dépression comme une maladie. C'en est une qui serait dûe à une inflammation. Il n'y a rien de honteux à être malade mentale. Ce sont les gens qui utilisent le terme "malade mental-e" comme insulte qui devraient avoir honte. Fin de la parenthèse.

Pour en revenir à ce que je disais, ce n'est pas avec des affirmations péremptoires, culpabilisantes et paternalistes que l'on signe une dépression. Ce n'est pas en ne faisant preuve d'aucune bienveillance que l'on aide quelqu'un à se sentir mieux. C'est le meilleur moyen, au contraire, d'obtenr l'effet tout à fait inverse.

La dépression est liées à une forte baisse de l'estime de soi. Et dans mon cas, elle s'accompagne d'atelophobie (il existe des mots pour tout, c'est absolument génial !), qui est une peur de ne pas être parfaite, de ne pas être « assez » bien en tant que personne et quoi de pire dans ces cas-là de soutenir de telles choses ?

Je n'ai pas choisi d'être dépressive et ce ne sont certainement pas mes réflexions et encore moins mes engagements politiques qui la nourrissent, l'aggravent, l'entretiennent. Bien au contraire !

Je suis désolée de ne pas être celle que tu souhaites

Je suis désolée de ne pas être celle que tu souhaites

Moi seule sait ce qui me soigne

Cet article qui a tant déplu, loin d'attiser mon mal-être, m'avait permis de me soulager car j'avais l'impression d'avoir mis le doigt sur un certain nombre de choses qui me semblaient importantes. Ce commentaire (que je n'ai pas recopié en entier) m'a fait me sentir mal, car il m'attaquait directement en laissant sous-entendre que je suis une mauvaise personne, que je dis n'importe quoi, que je fais fausse route, que je ne réfléchis pas bien.

C'est aussi réccurent d'ailleurs en terme de face à face avec un-e non-dépressif-ve. Le militantisme féministe, anti-raciste ou autre est forcément une cause à nos malheurs, à notre mal-être.

Pour moi, c'est tout le contraire. C'est le fait de réaliser à quel point on vit dans un monde misogyne, raciste, classiste, validiste, LGBT-phobe, validiste, spéciste et la liste est très très longue qui met un sacré coup au moral. Pas la lutte pour que es choses changent et s'améliorent.

Le découragement existe, c'est vrai mais - encore une fois - les lutte pour l'égalité et la liberté ne sont en aucun cas (pour ce qui me concerne) des causes de dépression. Et l'avantage de ces luttes est que l'on peut beaucoup plus facilement trouver des personnes sincèrement bienveillantes, vraiment à l'écoute, véritablement attentives.

Et même si ça n'empêche pas les rechutes, je ne me suis jamais aussi bien sentie que depuis que je milite, le fait d'être féministe intersectionnelle et végane et de m'investir dans ces causes m'a ôté un certain poids, car j'ai compris que certaines des mes interrogations n'étaient pas sans fondement, que je mes malaises et autres gênes n'étaient pas dûs à des causes imaginaires, que je n'inventais rien.

Mais rendons à César ce qui appartient à César : c'est surtout la bonté et la présence bienveillante et bienfaisante de ma sœur cadette que j'aime de tout mon cœur, de mes ami-e-s qui comptent énormément pour moi et que je suis heureuse d'avoir dans ma vie et aussi grâce à la présence de ma chatte qui m'a maintenue en vie quand j'étais seule et au plus mal que je peux aller de l'avant et que je peux me sentir aimée et soutenue (même par mon chat ! Oui oui !). Même mes contacts Facebook que je n'ai jamais rencontré et qui ont pourtant été là pour m'aider, mécouter, me soutenir et me cajoler sont des personnes qui sont précieuses pour moi (vous vous reconnaîtrez, j'en suis sûre ! Je vous embrasse fort) !

Je sais maintenant après des années à avoir été persuadée du contraire, qu'il y a des personnes sur qui je peux compter, des personnes qui m'aideront à me relever quand je tombe et qui sont là pour moi.

Coupable !

Pour conclure, je tiens donc à remercier toutes ces personnes qui sont si gentilles et compréhensives avec moi et qui m'apprennent que je ne suis ni une mauvaise personne, ni une idiote, que je n'ai pas tort de réfléchir, d'être triste et en colère, que le soleil est aussi dans l'expression de puissantes émotions et que ma guérison m'appartient à moi et moi seule.

 

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Commenter cet article

Qifen 15/08/2015 02:13

Je n'ai pas lu l'article en question, donc je ne vais pas en parler.
Merci en tout cas de reprendre ton blog, de nous apprendre des choses (atelophobie, je ne connaissais pas, et étrangement, je me retrouve beaucoup dans la description qui en est faite).
Tu as eu raison de mettre les choses au point et de supprimer ce commentaire. C'est ton espace, continue à en faire ton petit coin de soleil et nous faire partager quelques-uns de ses rayons.

D 14/08/2015 20:25

D'habitude j'ose pas laisser de commentaires, mais là j'en laisse un pour te soutenir face à ce message totalement paternaliste et méprisant (et voulant contrôler!).

Pensées à toi et aussi merci par la même occasion, j'ai encore appris des choses grâce à toi !