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Le blog d'Émy

« Normale »

14 Juin 2015, 14:50pm

Publié par Émy

Instant révélation :

Il y a quelques semaines, j'ai demandé à une amie de publier pour moi cet article, rédigé dans un moment d'inspiration je corrige et modifie quelques points dans cette version que je recopie ici :

« Normale »

En septembre 2014, je me suis inscrite sur le site de rencontres OKCupid uniquement pour voir ce fameux questionnaire dont mes ami-es me parlaient et sans franchement souhaiter faire des rencontres. Je ne m'attendais pas du tout à être assaillie de messages, surtout avant même d'avoir posté une photo, et encore moins après…

J'ai fait quelques rencontres, et seulement deux vraiment intéressantes (du moins l'ai-je cru pendant un temps) dont une qui a débouché sur une relation romantique à laquelle il a mis fin, me plongeant dans la seconde phase dépressive la plus violente que j'ai connue. Mais c'est une autre histoire que vous connaissez un peu

Entre temps, j'ai lu un article explicant ce qu'est l'asexualité. Et ce fut une révélation pour moi.
Après des années d'errance, après des années à avoir accepté des relations sexuelles pour être « normale », pour être aimée, pour faire plaisir à mon copain, pour avoir quelque chose à raconter à mes copines… mais surtout, surtout : pour être « normale », j'ai enfin compris que j'avais perdu mon temps, que je me suis forcée pour rien, que je ne m'étais pas écoutée, que je m'étais niée.

Mais d'autres questions sont arrivées peu après. Ne vais-je pas un peu vite en besogne ? Suis-je vraiment asexuelle ? Après tout, il m'est arrivé d'être à l'origine de relations sexuelles, de les provoquer… Et puis j'ai été attirée physiquement par un mec une fois ! Est-ce que ça change quelque chose ? Est-ce que ça ne fait pas plutôt de moi une demi-sexuelle ou grey-asexuelle ?

« Normale »

Dans les faits, je ne me suis pas laissé le temps de réfléchir et de digérer tout ça avant mes rencontres sur OKCupid. Du coup, cette révélation n'a eu que peu d'impact immédiat sur mon comportement vis à vis du sexe : j'ai plus facilement refusé des propositions de plans cul faites sur le site mais ça s'arrête là. Ça ne m'a pas empêchée de coucher avec un mec que j'avais rencontré seulement quelques heures auparavant uniquement parce qu'il me l'a demandé, sans en avoir vraiment envie de mon côté. Ça ne m'a pas empêchée de répéter ce vieux schéma que je connais si bien : « Il en a envie alors OK. On va dire que moi aussi… Voyons ce que ça donne, je prendrai du plaisir de toute façon, c'est toujours ça de gagné ! ». Sauf que je n'ai pas vraiment pris de plaisir. Je n'étais même pas à l'aise… J'ai préféré (me) le cacher. Et il a fallu que je me justifie de ne pas avoir joui.

Ça été plus problématique avec mon ex, rencontré pour la première fois avant celui dont je parle juste au-dessus mais avec qui j'ai entamé une relation peu après cet épisode. Je me suis plus ou moins oubliée pour lui parce que je voulais lui faire plaisir et parce que je ne savais pas ce que je voulais moi. Je ne l'ai jamais su. Et il a aussi fallu que je me justifie de ne pas jouir.

Pour reprendre du début, j'ai eu ma première relation sexuelle assez tardivement, à la vingtaine passée. Jusque là, j'ai entendu beaucoup de monde me dire de profiter de ma virginité parce qu'il n'y avait rien de plus horrible que le manque de sexe. Oui, il y avait de l'emphase dans leurs propos.

J'ai donc pris beaucoup de soin à multiplier les plans cul juste après cette première relation (quitte à me retrouver dans des situations glauques, voire très glauques) pour justement ne jamais vivre ce moment « horrible » qui ne vint jamais.

Et j'ai souvent pris du plaisir. Du moins au début, avec certains amants. Sans jamais arriver à l'orgasme (parfois de peu mais je suis visiblement tombée sur un tas d'égoïstes) certes mais c'était suffisant pour moi. Ça l'était vraiment (avec une pointe de frustration que je prenais soin d'étouffer les deux seules fois où j'ai frôlé l'ograsme). « C'est toujours ça de pris » me disais-je déjà.

« Normale »

C'est après une énième situation glauque (que je ne sais toujours pas si j'ai « le droit » de la qualifier de viol…) que j'ai freiné cette course au sexe qui me faisait quasi-systématiquement du mal, bien que je ne voulais pas le voir sur le moment. Et j'ai rapidement réalisé que je ne ressentais pas ce manque dont mon entourage m'avait rebattu les oreilles. J'ai d'abord mis ça sur le compte d'un manque de libido dû aux mauvaises expériences que je venais de vivre. Mais cette absence d'envie a duré des semaines, des mois, des années. Alors j'ai cru que j'avais un problème. Et pour le cacher, je couchais quand je pouvais. Pas souvent cependant. Moins que je m'étais persuadée de le vouloir. Toujours pour être « normale » : je devais avoir, « comme tout le monde », une vie sexuelle active et épanouie et bien entendu, ponctuée d'orgasmes de plus en plus faciles à obtenir avec la pratique (Ha. Ha. Ha. LOL !…).

Je me décrivais comme une personne aimant le sexe mais pouvant facilement m'en passer, même si je me plaignais – pour le principe – de n'avoir à peu près qu'un amant par an ou par paire d'années. Mais j'omettais toujours de dire que je ne ressens jamais d'attirance physique pour quiconque, que je ne suis jamais excitée, que je n'avais jamais vraiment envie de relations sexuelles, que je préférais de loin la masturbation, que je ne m'intéressais qu'à ceux qui s'intéressaient à moi et le montraient clairement. Je me mentais à moi-même, globalement en me cachant derrière ma timidité. J'avais honte de moi, honte de ne pas avoir cette vie sexuelle idéale ou au moins « normale ».

En fait, il m'arrive de trouver des personnes belles, attirantes même, mais l'envie de coucher avec quiconque ne se manifeste pas. Je n'ai jamais eu d'attrait particulier ou physique pour le sexe partagé parce que c'est ainsi que je le ressens depuis toujours ou presque.

« Normale »

Et à chaque affirmation selon laquelle l'absence de sexe dans une vie rendait malheureux-se me blessait. Je me sentais mise à l'écart avec ma « particularité ». J'étais bien sans sexe quand même ! Et ça me confirmait à chaque fois que j'avais un problème à régler. Cependant, ce n'était pas l'absence de sexe qui me rendait triste, c'était le fait que pour le monde entier, c'est quelque chose ayant une importance capitale, alors que pour moi, ce n'était pas aussi simple, loin de là ! Oui, c'est parfois agréable. Oui, c'est génial de partager un moment de plaisir avec quelqu'un (à condition qu'il y en ait et surtout qu'il soit partagé…). Mais non, ce n'est pas indispensable pour tout le monde et non, tout le monde ne devient pas « fou/folle » à cause d'un hypothétique manque de cul !

Je me sentais seule. J'avais l'impression de ne pas exister. Je me disais que personne ne me comprendrait vraiment. Que l'on se contenterait de me plaindre, de m’envier ou de me féliciter pour ma « patience », de ne pas me croire, de ne pas me prendre au sérieux voire de me mépriser. Et je maudissais au fond de moi cette absence totale de désir envers autrui, ce que je croyais être seulement dû à ma grande timidité (ou plutôt à mon anxiété sociale pour utiliser les bons termes).

Au fil du temps, mes relations sexuelles étaient de moins en moins agréables, de moins en moins intéressantes et j'ai fini par avoir l'impression d'avoir fait le tour de la question. Et je m'enfonçais pourtant dans le déni. Je disais encore aimer le sexe alors que ça ne me faisait plus rien ou presque… en fait si, ça me faisait quelque chose : mal. Très mal parfois. De plus, mes exigences avaient évolué et que j'en avais assez de ne me plier qu'aux exigences de ces messieurs parce que je n'en avais aucune jusque là. Et pourtant, je continuais à coucher pour LEUR faire plaisir avant tout, pensant me faire plaisir à moi. Et ironiquement, ça a été encore plus vrai avec mes derniers amants ! Je m'en rends compte maintenant que je l'écris…

Un jour, la lecture d'un article intitulé : "Le coït, une aberration totale (sauf si on regarde sa fonction dans le patriarcat)" sur un blog auquel je n'adhère globalement pas me choqua profondément. Plus que je ne saurais le dire. Je conseille sa lecture pour mieux comprendre ce que je vais dire.

J'ai très mal vécu ce qui y est écrit. C'est à ce moment -là que j'ai compris que jamais mon consentement lors de mes rapports sexuels n'était vraiment clair dans mon esprit, que je passais toujours beaucoup de temps à me demander si oui ou non j'en avais vraiment envie, ou à me dire que "l'appétit vient en mangeant" entre autres choses bien ancrées dans la culture du viol dans laquelle on baigne. Et j'ai fait un rejet total de ce texte et de ce qui y était développé. Surtout à cause de sa conclusion, comme beaucoup de personnes : on peut dénoncer quelque chose sans minimiser un crime en en faisant des caisses pour montrer à quel point ce que l'on dénonce n'est pas anodin. C'est un travers classique du militantisme d'ailleurs. Bref, mon pont de vue a depuis quelque peu évolué, même si certains passages me font toujours bondir et que je ne suis, plusieurs années plus tard, toujours pas d'accord avec la conclusion de cet article (ce texte-ci : "Le coït, une aberration totale ? Vraiment ?" me semble plus pertinent).

Mais si je parle de ce texte, c'est que malgré tous les problèmes que je lui trouve, il a été le point de départ à ma réflexion sur mon propre rapport à la sexualité avec les hommes, sur ce qu'est vraiment le consentement pour moi, sur ma libdo, mon absence de désir envers autrui, sur ce que j'attends d'une relation sexuelle avec un homme. Et ça m'a même amenée à me demander si oui ou non, j'ai bel et bien été violée (je n'ai toujours pas de réponse à cette question malgré les années…).

Mais il m'a fallu du temps, bien trop de temps pour définitivement [me] comprendre, comprendre où j'en étais, ce qui me convenait et ce dont j'ai besoin.

Alors, depuis que mon dernier ex m'a quittée, je m'interroge, je réfléchis, je me cherche. Je me sens encore usurpatrice parfois mais j'avance, je me répare, je me reconstruis, et surtout, je m'écoute.

Je sais à présent qui je suis, même si je me pose toujours tout un tas de questions plusieurs mois après avoir rédigé et publié la première version de ce témoignage, et j'aimerais préciser deux choses d'importance :

  • Je ne me dis pas asexuelle à cause du patriarcat, au contraire, c'est l'obligation au sexe hétéronormatif-pénis dans vagin qui est responsable de mon hétérosexualité.
    Je ne suis pas « devenue » asexuelle du jour au lendemain par rejet des normes sociales, c'est le fait de me découvrir asexuelle qui va, je l'espère, me permettre de le faire.
    Je en suis pas asexuelle parce que j'ai subi trop de pressions qui font que j'ai tout envoyé balader pour être tranquille ;
  • je ne suis pas hétérosexuelle. Je considère mon asexualité comme une orientation sexuelle à part entière.
    Pour être plus claire, l'asexualité représente pour moi une orientation sexuelle sans objet. Le genre, l'identité de genre ou le sexe d'une personne ne change rien à l'affaire. Je peux trouver des femmes très belles et attirantes et plus rarement des hommes vraiment attirant (d'où une période de flou juste avant ma découverte de ce qu'est l'asexualité durant laquelle je me suis carrément demandé si je n'étais pas bie) mais sans pour autant avoir d'attirance physique concrète pour ces personnes ;
  • je suis aussi aromantique, ce qui signifie qu'en plus de n'avoir aucune attirance physique pour autrui, je ne développe pas nom plus de sentiment amoureux, même si je m'attache parfois beaucoup. Et pour le coup, je ne saurais dire si c'est inné ou si c'est dû à l'expérience traumatisante que fut ma seule et unique fois.

 

Je suis asexuelle-aromantique et je suis normale.

« Normale »

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Cramazouk 23/10/2015 09:00

Merci infiniment pour cet article qui m'a bouleversé dans mes conceptions des choses.
J'ai écrit ce petit papier pour le relayer : http://cramazouk.tumblr.com/post/131735154137/le-mod%C3%A8le-dominant-de-sexualit%C3%A9-nest-pas-votre

Émy 23/10/2015 19:23

Merci à toi :)

J'aime bien ton article. Même si la partie "le polyamour peut-être une solution" me gêne un peu.