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Le blog d'Émy

Mon corps, mes poils, mes cheveux

6 Mai 2015, 23:25pm

Publié par Ann O'Nyme

Encore un témoignage anonyme (le dernier, je reprends la main) :

 

Aujourd'hui, je voudrais parler de poils, de tous les poils. Que ça soit ceux sur la tête ou sur les jambes. Mes poils ont poussé très tôt. Il me semble que j'en avais sur le pubis dès l'âge de sept ans. J'avais déjà un sentiment de honte envers mon corps. Cette honte a été présente durant toute ma scolarité. La fameuse ligne sur le ventre est apparue à l'adolescence. J'ai appris à la cacher dans les activités où elle était susceptible d'être vue, telles que la piscine ou la gym. Je cachais tout cela dans des vêtements amples. J'ai commencé à m'épiler vers quatorze ans. Malgré mon hyperpilosité, étant trop douillette pour la cire et trop pauvre pour les instituts de « beauté », j'utilisais la crème à épiler. On m'a diagnostiqué mon hyperpilosité au lycée, elle était due à une « trop » grande sécrétion de testostérone. Le médecin m'a prescrit de l'androcur pour fournir mon corps en progestérone et œstrogène. Je ne suis vraiment devenue consciente du caractère rédhibitoire des poils pour séduire que vers mes années prépa. À l'époque, je découvrais le féminisme. C'est alors que j'ai compris que la société me haïssait, littéralement. Mes poils m'ont aussi permis de comprendre rapidement les questions liées aux rôles des genres, à décorréler genre et sexe. J'ai arrêté de prendre des pilules. Je ne veux pas que mon corps soit contrôlé par la norme médicale. J'ai compris que j'aimais mes poils mais que c'est le regard de la société qui me fait du mal.

Dans un second temps, mes cheveux ont toujours été une curiosité pour les autres. J'ai eu droit à toutes les questions: « Je peux toucher ? », « Tu fais comment pour te coiffer ? », « C'est tes vrais cheveux ? », etc. Ma mère n'était pas une grande coiffeuse et j'ai été, petite, son cobaye. Elle se contentait de me faire des tresses avec des faux cheveux. Je crois que mon premier défrisage eut lieu lors de l'adolescence. Je rêvais de pouvoir porter des cheveux lisses au vent mais hélas la nature reprenait toujours ses droits. J'ai développé une phobie particulière pour le peigne. Beaucoup de pleurs ont coulé afin d'être présentable aux yeux du monde. J'ai néanmoins porté beaucoup de coupes de cheveux "excentrique", à base de fils, peu commune même chez les noires aux cheveux crépus. J'ai découvert le mouvement nappy peu après le féminisme. Alors j'ai lâché définitivement les peignes et produits de défrisage. Plus jamais je n'utiliserai ces instruments de torture qui m'ont gâché tant de nuit. Plus jamais je ne laisserai quelqu'un me toucher avec cela. Je préfère dix mille fois plus porter une afro « négligée » que d’accepter à nouveau cette tyrannie sur ma tête.

Je conclurai sur quelques constats :
D'une part, la peine est physique et mentale.
Ensuite, il est étrange que les poils du corps doivent être supprimés sauf ceux sur la tête qu’il faut garder longs.
Enfin, mon corps reflète mon rapport au monde. J'étais une fille suivant assez mal les modèles présentés par la société, par exemple avec mes cheveux à peu près lisses. Je me camouflais sous des vêtements, renfermée dans une bulle. Actuellement j'ose bien plus montrer mon naturel et même cachés, mes poils non épilés marquent ma soif de liberté.

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