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Le blog d'Émy

La communication Non-Violente de Marshall Rosenberg

6 Mars 2015, 23:45pm

Publié par Émy

Il y a un sacré moment que je songe à faire cette analyse. J'étais curieuse de connaître cette fameuse CNV dont une personne de mon entourage (lointain depuis peu) nous rabâchait les oreilles avec ça.

Il m'a fallu du temps pour m'y mettre pour des raisons que j'expliquerai en fin d'article mais j'ai fini par réussir à me motiver pour prendre le temps nécessaire afin de tenter de comprendre ce qu'est cette fameuse Communication Non-Violente. Un malheureux hasard a voulu que j'entamasse ce travail quelques jours après le décès de Marshall Rosenberg, théoricien inventeur de la CNV, à qui je rends hommage aujourd'hui.

Ça promet d'être long alors autant s'y mettre tout de suite.

Avant tout, je tiens à présenter de façon que j'espère détaillée ce qu'est la Communication Non-Violente telle qu'elle fut pensée, histoire de ne pas parler d'un concept inconnu de tout ou partie des personnes qui me lisent. Et au moins, ça vous évitera deux à trois heures de vidéos (au minimum !)…

Cette présentation contient énormément de paraphrases et j'ai choisi de ne pas toujours mettre de guillemets pour ne pas alourdir la mise en page. Cette présentation sera suivi de mon analyse sur le sujet.

Si vous connaissez déjà bien la CNV ou si vous ne souhaitez que mon avis sur le sujet, vous pouvez vous rendre directement en fin d'article.

Marshall Rosenberg

Marshall Rosenberg

Quel est le but de la Communication Non-Violente ?

La CNV est décrite par Marshall Rosenberg comme étant un « don naturel » que l'on a perdu ou plutôt qui nous a été retiré par des millénaires d'éducation et de langage basés sur l'idée selon laquelle l'humain est fondamentalement malfaisant et impliquant principalement culpabilisation et haine de soi comme norme. En plus de ceci, la solution de la violence pour régler problèmes et conflits a été rendue agréable et souhaitable pour bon nombre d'entre nous par voie médiatique et politique.

Ce « don naturel », en revanche, implique l'empathie, la compassion, l'échange voire le don et le tout avec amour. Don qui nous incite à prendre soin « naturellement » d'autrui et à faire en sorte de rendre la vie « merveilleuse » (sic) plutôt que de jouer au jeu de « Qui a raison ? » auquel tout le monde perd. Chercher à avoir raison à tout prix amplifie la violence. J'y viens.

Concrètement, la Communication Non-Violente nécessite de sortir des schémas binaires issus de jugements moraux tels que : Bon / Mauvais, Normal / Anormal, Punition / Récompense, etc. et de ne plus laisser la culpabilité, la honte, l'obligation ou le devoir guider nos actes et orienter notre relation aux autres en nous aidant à nous connecter à nous-même et aux autres et à « enrichir la vie » (sic) via un langage basé sur les ressentis et les besoins. Un des aspects important dans la CNV est de ne pas se juger les uns les autres mais d'établir le genre de rapports dans lequel nous contribuons au bien de chacun-e. En se débarrassant de l'image d'ennemi-e chez autrui, en n'ayant pas d'évaluation qui implique une faute, en ne passant plus son temps à analyser et juger intellectuellement sans se connecter à ce qui se passe en nous.

Enfin, la CNV est un moyen pour chacun de garder sa nature compatissante quelle que soit la structure sociale dans laquelle on évolue. Ainsi, la rébellion et la soumission sont des options qui n'ont plus de raison d'être dans la mesure où l'on ne donne jamais notre pouvoir de décision à quiconque ou même à une institution, et ce, quelque soit la situation.

En somme, il y a deux questions d'importance à garder en tête :

« Qu'est-ce qui est vivant en nous ? » et « Qu'est-ce qui rendrait la vie plus merveilleuse ? ».

La CNV servira essentiellement à l'amélioration de la connexion avec ses proches, à la résolution de conflits et aussi pour nous-même, intérieurement, pour nous détacher des pensées qui nous poussent à nous juger de façon négative et à nous détester.

OK, c'est un renard. Mais il n'a pas l'air commode, non ?

OK, c'est un renard. Mais il n'a pas l'air commode, non ?

La langue Chacal comme langue commune

Ce que Marshall Rosenberg a nommé « langage Chacal » est une façon de communiquer qui est liée à une culture de domination et qui est basée sur la punition et surtout sur le principe qui veut que la violence soit un divertissement, donc quelque chose d'agréable et de souhaitable. Cette façon de communiquer renforce l'idée selon laquelle la violence est une façon d'obtenir d'autrui ce qu'iel doit faire pour nous.

Dans les faits, on estime que la meilleure façon de faire changer les comportements que l'on juge « mauvais » est la violence, qu'elle soit verbale, physique ou même structurelle et systémique, via le système pénal par exemple, et par le repentir et la pénitence. Une autre façon de « corriger » la personne « en tort » est de penser, de sous-entendre ou d'affirmer que l'autre a tort, de le voir comme un ennemi et aussi de le rendre responsable de nos sentiments négatifs et d'utiliser ces sentiments de façon violente : « Je me sens ainsi à cause de toi », « Tu me fais… », « Cela me fait mal quand tu dis ça ! ».

Les jugements moraux précédemment évoqués sont aussi un outil largement utilisé de la langue Chacal.

Le « langage bureaucratique » (« Amtssprache » en allemand, notion élaborée sur la base de procès de criminels de guerre nazis) est aussi un aspect de la langue Chacal. Cette « langue bureaucratique » implique une déresponsabilisation de la personne qui l'utilise au moyen de termes comme : « C'est la loi », « C'est dans le règlement », « Je n'ai fait qu'obéir aux ordres », « Il n'y a qu'à… », « Il (le) faut ! » et autres excuses de la contrainte par des forces extérieures…

La communication de ses désirs comme étant des exigences est aussi un levier de la langue Chacal. Et cette manière de communiquer est surtout utilisée par des personnes en position de pouvoir.

La conséquence de tout ceci est que nous sommes habitué-es à penser que quelque chose ne va pas chez nous, à nous comparer aux autres, à classer, analyser et déterminer des niveaux de torts pour nos actes et ceux d'autrui et donc à penser en terme de « mérite », nous poussant ainsi à nous détester et à voir autrui comme un ennemi.

Notez tout de même que selon Marshall Rosenberg, les insultes n'existent pas, pas plus que les jugements négatifs. Ceux-ci ci ne sont qu'« une façon tragique et suicidaire de dire "s'il te plaît" ».

C'est pourtant beau un chacal en vrai !

C'est pourtant beau un chacal en vrai !

La langue Girafe comme alternative

L'intention de la CNV n'est pas de faire faire à autrui ce que l'on veut qu'iel fasse mais uniquement de créer les conditions pour que chacun-e comprenne les besoins en demande et mette en place la qualité de relation nécessaire pour que, par bienveillance et compassion, chacun-e veuille que les besoins de tou-te-s soient satisfaits. En somme, le but est que chacun-e prenne plaisir à satisfaire les besoins d'autrui.

Pour commencer, la base est de garder en tête que nous avons toujours le choix, même quand il nous semble que ceux-ci sont limités voire inexistants. Le choix entre la vie et la mort reste un choix. Déplaisant au possible, certes, mais un choix tout de même. D'ailleurs, notre entourage autant que nous-même payons le prix de choix forcés : ce que nous faisons par peur, dans l'espoir de récompense, dans l'espoir d'être aimé-e, par honte, culpabilité ou par obligation, notre entourage le paye.

Notre pouvoir de décision fait partie de ce que nous avons de plus important et il ne doit jamais être cédé à quiconque, ni à la moindre institution, quelque soit la situation. De même, nous ne devons jamais nous soumettre ou nous rebeller.

Ensuite, l'essentiel de la CNV / langue Girafe est d'aller au-delà de l'image d'ennemi-e que l'on se fait parfois de nos interlocuteurices pour entendre ses besoins sans jugement ou évaluation. Une évaluation (ou diagnostic) consiste à rassembler des éléments concrets dans l'attitude ou les paroles d'une personne pour en tirer des conclusions sur son état d'esprit : « Iel hausse le ton, c'est qu'ille est en colère » ou ses pensées : « Si cette personne me dit ça, c'est parce qu'elle se dit telle ou telle chose ». Que ces diagnostics soient justes ou non n'entrent pas en ligne de compte puisque ces évaluations nous empêchent de faire des observations.

 

~ Faire des observations sans jugement ~

En premier lieu, cela nécessite de distinguer les ressentis, observations et opinions de la pensée, des jugements et des faits.

Éviter les évaluations donc, car les évaluations diminuent nos chances d'obtenir ce que l'on veut et augmentent la violence si elles ne visent pas à améliorer la situation ou à « servir la vie ». Et Marshall Rosenberg affirme que « Toute évaluation est la manifestation tragique d'un besoin non satisfait ».

Lorsque l'on affirme, par exemple, qu'une personne « se vante », qu'elle « parle trop », que l'on est « mauvais-e » dans tel ou tel domaine, on pose un jugement ou un diagnostic mais pas une observation qui se veut objective. D'ailleurs, les jugements positifs tels que : « Tu as fait du bon boulot », « tu es une personne gentille », « tu es bon-ne danseureuse » sont aussi violents et dangereux que les jugements négatifs car même s'ils ont pour but de valoriser, ils confirment en sous-entendu l'existence des actes et aspects négatifs (« tu es méchante », « tu danses mal ») qui peuvent nous retomber dessus du jour au lendemain, comme une punition.

De plus, quand on pose ce jugement, on s'arroge un pouvoir de juge connaissant la différence entre « bon » et « mauvais » et la quantité juste de chaque chose.

Autre chose : la CNV s'oppose aux généralisations statiques et ne se base que sur le présent. Le racisme, le sexisme, l'antisémitisme, etc. sont dus à des observations et des faits mêlés à des jugements et interprétations biaisées.

Pour que la CNV soit efficace, il est nécessaire de faire des descriptions sans y mêler nos ressentis. Décrire simplement la situation, sans utiliser d'adjectifs (bon, mauvais, méchant, faible, nul…) ou d'adverbes (beaucoup, trop, assez, bien, mal…) exprimant des jugements subjectifs qui orientent notre énergie et la façon dont on va aborder autrui et qui conditionnent notre état d'esprit dans la discussion. De même, les adverbes « Toujours », « Jamais », « Fréquemment », « Rarement » (« Tu ne m'écoutes jamais ! », « Tu es toujours occupé-e quand j'ai besoin de toi ! ») impliquent des exagérations et tendent à provoquer une levée de bouclier et mettent l'interlocuteurice sur la défensive.

Si l'on est persuadé-e que la personne en face est méchante, notre façon de l'écouter sera affectée et nous nous mettons inconsciemment en position d'attaque et/ou de défense.

Le but est donc de s'approcher au maximum de la neutralité vis-à-vis des situations et personnes à qui l'on a à faire.

Ensuite, il s'agira de dire ce qui satisfait ou ce qui ne satisfait pas, toujours sans mêler de jugements aux observations et de décrire ses ressentis sans jamais utiliser de « tu » accusateur et culpabilisant comme décrit plus haut : « tu me blesses quand tu dis ça ». Les mots utilisés ont leur importance ; ainsi, lorsque l'on dit, « je me sens… » suivi des termes : incompris-e, utilisé-e, ignoré-e, critiqué-e, intimidé-e, rejeté-e, manipulé-e, trahi-e, abandonné-e, dédaigné-e, surmené-e, méprisé-e et parfois « blessé-e » on exprime la façon dont on interprète l'attitude d'une personne et non ses sentiments propres et ces mots correspondent à des évaluations masquées.

Et c'est aussi valable pour soi-même. Au lieu de se dire : « Je suis mauvais-e à la guitare », il vaut mieux se dire : « Je suis impatient avec moi-même en tant que guitariste. », « Je suis déçu-e par mes compétences à la guitare », « Je me sens frustré-e quand je joue à la guitare ». Le mieux est d'exprimer sa déception, son impatience, sa frustration, etc. plutôt que de se condamner, de culpabiliser, de se détester.

La girafe est l'animal terrestre ayant le plus grand cœur

La girafe est l'animal terrestre ayant le plus grand cœur

~ Entendre autrui avec empathie ~

« Les humain-es ne disent que « s'il vous plaît » et « merci »

De la même façon que le mérite est l'ingrédient principal du langage Chacal, l'expression des besoins est l'élément principal du langage Girafe. Ces besoins sont les mêmes pour tous-tes. Seuls l'éducation et la culture changent l'expression et la façon de satisfaire ceux-ci.

Et nous avons tendance à confondre besoins et préférences : si on a besoin d'une voiture, personne n'a « besoin » d'une Ferrari. Si on a besoin d'un toit au-dessus de la tête, personne n'a besoin d'un château, si on a faim, besoin de manger, personne n'a besoin de se rendre dans un restaurant 3*, etc.

Dans un échange avec quelqu'un, il est important de connecter cette personne avec nos besoins et réciproquement. L'objectif étant de satisfaire ceux-ci sans la moindre contrainte, sans tenter de se changer soi-même ou de pousser autrui à changer, sans tenter de l'éduquer ou de le corriger. Le principe est de prendre connaissance et d'entendre ce qui est vivant en soi et chez autrui avec ces deux questions : « Que ressens-tu ? », « De quoi as-tu besoin ? ». Et ces questions n'appellent pas de réponse du type : « Je pense que … ».

Lorsque nous sommes nous-même en souffrance, avoir de l'empathie pour soi-même est une priorité dans la CNV. Quand nous sommes dépressifve, quand nous sommes en colère, quand nous nous sentons coupables ou honteuxse, ou dans on est déprimé-e, on se coupe de ses propres sentiments et besoins et surtout des sentiments et besoins d'autrui.

Nous et nous seuls sommes responsables des besoins qui sont nôtres et si la satisfaction des besoins de chacun se fait hors de toute contrainte, il est important de ne pas lier nos besoins aux autres personnes. Par exemple : ne pas dire « J'ai besoin que tu m'aimes » (Langue Chacal) mais « j'ai besoin d'être aimé-e et je préférerais que ce soit toi qui m'aimes » (Langue Girafe) : On peut avoir besoin d'amour mais impliquer autrui est une stratégie. Les besoins et les préférences, stratégies ou requêtes sont des notions très différentes.

En plus de nos propres besoins, il est essentiel de montrer du respect pour les besoins d'autrui et de ne pas chercher à les manipuler ou les culpabiliser. Cela demande de ne pas juger le ton d'autrui, de ne pas faire d'interprétation, de diagnostic et encore moins de reproche sur l'état et l’attitude d'une personne. On ne peut pratiquement jamais être sûr-e de l'état d'esprit de son interlocuteurice. On connaît sa propre colère, ses propres sentiments mais pas ceux d'autrui. Il est donc essentiel de ne pas exiger à autrui de mettre ses sentiments en veille pour notre propre confort , de dicter à une personne ce qu'elle DOIT ressentir : « Souris », « Calme-toi », « Cesse de pleurer », quel que soit son sentiment ou le sentiment que l'on croit voir chez autrui. En somme, le tone-policing n'a pas sa place en CNV a priori.

Enfin, si nous nous centrons sur nous-même quand une personne a besoin d'empathie (en disant : « Je suis triste car tu es triste » par exemple), nous mettons cette personne de côté. Rester présent-e et à l'écoute est indispensable. À l'inverse, essayer d'arranger, de réparer ou même de tenter de trouver de solutions pour autrui est contre-productif quand seuls comptent l'accompagnement, la compréhension et, encore une fois, l'empathie.

En un mot, dans la Communication Non-Violente, « notre force s'ajoute à celle des autres ».

 

~ Communiquer ses émotions et sentiments ~

Une fois passée cette première étape d'élagage des jugements, l'étape suivante est d'attirer l'attention sur nos besoins. Pour ce faire, l'approche directe est de mise : on est mieux compris quand on ne tourne pas autour du pot et qu'on dit les choses clairement. Car dire ce que nous ne voulons pas est souvent source de malentendus.

Les demandes et intentions aussi se doivent d'être concrètes. La question étant : « Que voulons-nous qu'autrui fasse et pourquoi ? ». Et il ne s'agit pas d'exiger mais de faire des requêtes. Or, pour faire une requête claire, l'idéal est de vivre dans le présent, d'être clair en nous-même concernant cette requête et dans l'expression de nos sentiments. Pour cela, l'utilisation de verbes d'action est préférable.

D'ailleurs, les mots et notions utilisées doivent être définies clairement. Quand on dit : « Je voudrais que tu m'écoutes. ». La personne en face pourrait comprendre le verbe « écouter » de façon différente que nous-même. Du coup, la formulation : « Je voudrais que tu me laisses le temps / la possibilité d'exprimer mes idées sans être interrompu-e » est à privilégier. Et surtout, nous devons respecter les besoins d'autrui et ne pas forcer quiconque à faire ce que l'on veut.

De même, lors d'un refus, expliquer les besoins qui le justifient écarte les risques qu'un « non » soit pris comme un rejet.

À ce sujet, une façon de distinguer une requête d'une exigence déguisée en requête réside dans la manière dont on traite la personne qui ne fait pas ce que l'on veut. L'usage de la culpabilisation et de la manipulation indique clairement qu'il s'agissait d'une exigence et non d'une requête.

Enfin, la meilleure façon de savoir ce que nous voulons est encore de l'obtenir.

Quelques remarques au sujet des sentiments avant de passer à la suite : Si en CNV, on part du principe que la manière dont on réagit dépend de nous et que nous ne devons pas rendre autrui responsables pour nos sentiments, nos interlocuteurices sont responsables et redevables de leur attitude, de leurs actes et paroles et des raisons qui les sous-tendent. Pour clarifier, j'ai déjà expliqué plus tôt que Marshall Rosenberg rejette l'idée d'insultes et de remarques désobligeantes. Ces notions sont donc inopérantes en CNV. Seulement, il est hors de question pour autant de nier la responsabilité des propos tenus par une personne tierce ou par soi-même.

C'est terriblement subtil mais dans la mesure où l'on estime en CNV que les paroles tenues sont des expressions plus ou moins maladroites de besoins insatisfaits, la portée négative des insultes est de fait désamorcée et n'existe plus. En revanche, autrui peut être un stimuli pour notre souffrance. Les propos d'autrui font écho à quelque chose qui nous appartient et qui va à l'encontre d'un besoin qui est nôtre. Et la manière dont on prend les choses participe à la souffrance que l'on ressent, souffrance que l'on attribue à autrui au lieu d'en prendre la responsabilité. En somme, la façon dont on réagit créé plus de souffrance et amplifie celle due à un événement qui nous a blessé ou d'une parole qui nous a touché.

Du coup, il est proposé de faire en sorte de voir les événements d'une façon qui ne créée pas plus de souffrance.

Girafe et Chacal en discussion

Girafe et Chacal en discussion

~ Exprimer la gratitude et demander pardon ~

Quand on remercie et exprime sa gratitude en langue Chacal, la façon la plus simple et répandue et de faire des compliments aux personnes concernées. On loue leur intelligence, gentillesse ou leur talent. En somme, on pose un jugement.

C'est pour ça qu'en langue Girafe, la gratitude est exprimée par une description factuelle de ce qui a permis de « rendre la vie plus merveilleuse ». Par exemple, au lieu d'affirmer : « Tu es intelligent-e ! », expliquer de préférence ce qui nous a touché et / ou intéressé dans ce que la personne a dit ou fait.

À l'inverse, l'expression des excuses en langue Girafe se fait sans recourir aux phrases : « Je suis désolé-e », « Je te demande pardon », « Excuse-moi » car elles sont liées à une culpabilisation de la personne qui les dit et impliquent une idée de pénitence. À la place, une phrase du type : « J'aurais aimé être en lien avec tes besoins et les prendre en considération » reprend l'idée que les besoins sont essentiels dans la communication avec autrui, qu'il est indispensable de le prendre en compte et de reconnaître quand ça n'a pas été le cas. Enfin, je rappelle que nous ne sommes pas responsables de la souffrance d'autrui selon la perspective développée par la CNV.

Dans un registre différent, quand il y a malentendu dans une discussion, préférer une formule exprimant que nous avons manqué de clarté ou que nous nous sommes mal fait comprendre – en remerciant son interlocuteurice, le cas échéant, pour avoir donné son interprétation des propos que l'on a tenu – plutôt que de dire : « Tu ne m'as pas compris », « Ce n'est pas de que j'ai dit », phrases qui sont culpabilisantes.

Une dernière chose avant de conclure, une chose importante est de ne jamais prêter attention à ce que pense un Chacal, surtout si l'on se sent attaqué-e par celui-ci Si l'on apprend à apprécier et savourer les critiques et silences de Chacal, on n'entend plus de rejet de sa part. Bave de crapaud, blanche colombe, tout ça, tout ça.

 

~ Pour résumer et conclure ~

Comme on l'a vu, l'objectif de la CNV est d'améliorer la communication entre les individu-es en mettant les besoins de chacun au centre des préoccupations de tou-tes. La bienveillance est au centre des relations à autrui dans la CNV.

Enfin, la CNV est une méthode qui demande du travail sur soi et qui vise quelque part aussi à améliorer l'estime de soi puisqu'elle nous demande de prendre soin de nos ressenti en les acceptant, en cessant d'en avoir honte ou de les considérer comme des caprices mais comme de véritables ingrédients à notre bien être et à notre bonheur.

Photo prise par mes soins au Japon (sisi, j'vous le jure !). C'est près de Kyoto.

Photo prise par mes soins au Japon (sisi, j'vous le jure !). C'est près de Kyoto.

Mon avis

Pour commencer, je vais expliquer comment j'en suis venue à cette idée d'étudier la CNV.

Mon premier contact avec un méthode qui s'approche de la méthode de Marshall Rosenberg fut lors d'une formation qualifiante que j'ai suivi pour être vendeuse. J'en ai retenu deux trois trucs comme le fait de prendre la responsabilité de ses sentiments en évitant le « tu » accusateur. À ça étaient ajoutés les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz :

  1. Être impeccable avec nos paroles (lier la parole aux actes, être intègre, honnête et sincère) ;

  2. Ne pas prendre les choses de manière personnelle ;

  3. Ne pas faire de suppositions ;

  4. Toujours faire de son mieux.

Accords auxquels un cinquième principe fut plus tard ajouté :

  1. Être sceptique mais apprendre à écouter.

Je trouve d'ailleurs que les quatre premiers principes au moins forment un bon résumé de la CNV.

J'ai ensuite de nouveau entendu parler de CNV via une personne qui prétendait bien connaître cette méthode, sans jamais l'appliquer cependant : dans un cas concret de conflit avec cette même personne, ce type (que je nommerai « V. ») s'est complètement servi du fait que j'avais admis avoir été maladroite dans ma tentative d'appliquer la CNV (je n'avais alors jamais lu de livres ou regardé de vidéos à ce sujet, je ne m'étais basée que sur mes souvenirs de la formation que j'avais reçue) pour être verbalement violent et injurieux à mon égard.

Du coup, j'ai fini par nourrir une grande méfiance envers cette méthode, que j'ai cru être une façon d'imposer le silence à quiconque n'utilisait pas la CNV ou pire, une excuse pour être violent quand la CNV a été utilisée mal appliquée.

De même, les deux autres personnes que j'ai vu évoquer la Communication Non-Violente l'ont utilisée comme moyen de pression contre leurs interlocutrices pour les forcer à changer de ton dans une discussion d'une grande violence aux yeux de ces dernières.

D'ailleurs, le premier reproche que je ferais à la CNV est justement de ne tenir aucun compte de certaines formes de violence qui entrent en jeu dans une discussion. Je ne crois pas qu'il suffise de se persuader que les injures n'existent pas pour que ce soit vraiment le cas.

Et après plusieurs écoutes de conférences portant sur les bases de la CNV, j'ai fini par être convaincue que ce n'est qu'une méthode très superficielle.

Le sujet des insultes racistes, sexistes, homophobes, transphobes etc. n'a jamais été évoqué dans la demi-douzaine d'heures de vidéos que j'ai visionnées, si ce n'est la phrase affirmant qu'il ne s'agit que de biais personnels qui n'entrent pas dans une analyse sociale et politique.

C'est pour cette raison que j'ai tendance à estimer que la CNV n'est pas forcément un bon outil politique, bien qu'au niveau intime et professionnel, il peut être très efficace. Et encore…

C'est un autre problème de la CNV à mes yeux. Le principal que j'ai rencontré avec la totalité des personnes qui m'en ont parlé : le fait que les relations sont dépolitisées. Tout se réduit à des interactions de niveau individuel, sans que soient pris en compte les rapports sociaux de domination. Les biais personnels existent mais sont issus de conditionnement sociaux assimilés comme étant la norme. Les propos tenus par une personne s'inscrivent donc dans une époque et une société et son dépendantes de la place sociale de la personne qui les tient. Ce à quoi s'ajoute ses réflexions à propos de cette place, si tant est que celle-ci ait été menée. Et j'ai tendance à penser que dans certains cas, comme celui que j'ai rencontré avec V., la CNV n'est rien d'autre qu'un outil de domination supplémentaire au service de personnes qui refusent de remettre leur position en question et qui refusent de SE remettre en question. Surtout quand il s'agit de la mettre en pratique (ou d'essayer de le faire) face à quelqu'un qui n'écoute pas, qui déforme les propos d'autrui et qui n'a pas la moindre once de considération pour la ou les personnes à qui il s'adresse. Ce qui arrive extrêmement souvent. Et ces personnes sont des agresseureuses.

Je suis persuadée que la CNV ne peut fonctionner et être efficace que lorsque l'on est déjà dans un rapport égalitaire avec son interlocuteurice, qu'aucun rapport de force ou de pouvoir n'entre en jeu en plus de l'empathie, de l'honnêteté et du respect d'autrui indispensables pour une pratique qui ne trahisse pas les principes de base de la CNV.

Or, ce genre de rapport n'est qu'excessivement rare. Nous vivons dans une société hiérarchisée dans laquelle notre race, notre genre, notre classe sociale, notre lieu d'habitation, etc. déterminent notre place dans la société dans laquelle on évolue. Et cette place est active à toute heure, dès que l'on entre en interaction avec quelqu'un. La CNV ne peut pour moi désamorcer une violence sociale qui s'exprime parfois au travers d'un individu. Elle ne s'y intéresse de toute façon pas le moins du monde.

Pour tout dire, l'idée selon laquelle les insultes n'existent pas me semble simpliste. Pour dire le moins. Et j'ai du mal à comprendre cette idée pour tout dire. Certaines insultes sont clairement des manifestations de haine de la part de celleux qui les emploient.

Les paroles racistes, misogynes, homophobes, transphobes sont des agressions avant d'être des manifestations d'un besoin non assouvi. On si besoin il existe, c'est de voir les personne visées par les insultes souffrir au mieux, disparaître au pire. Et je pense qu'omettre de prendre ceci en compte n'est pas moins violent que l'insulte elle-même. Je pense aussi que ce n'est en aucun cas à la victime d'une telle violence de prendre sur elle la charge de l'empathie envers son agresseureuse. Certaines situations ne s'y prêtent absolument pas et j'estime que l'on ne se défend pas d'une agression en caressant la main qui nous a giflé. De plus, on ne met pas fin à une violence en niant son existence. Aussi, il y a quelque chose de dangereux dans le principe de faire porter à la victime seule la responsabilité dans la souffrance qu'elle endure à cause de propos injurieux proféréés à son égard.

En fait, je ne vois pour ma part que peu d'espaces et de discussions durant lesquelles j'utiliserai la CNV hors des discussions privées avec ma famille, des personnes proches, et encore, ça dépend de ce que ces personnes me disent.
Pas de CNV qui tienne face à des propos racistes, misogynes, islamophobes, antisémites, transphobes, homophobes, etc.

En revanche, je ne vois aucune raison valable de ne pas me servir de la CNV face à des propos spécistes. Je sais ce que beaucoup d'antispécistes pensent du spécisme et de la façon dont il faut traiter les gens font dans la provocation à ce sujet mais il est clair pour moi que l'antispécisme est une lutte à part, dont la différence fondamentale avec les autres luttes anti-domination (nous parlons pour et à la place des dominé-es) justifie pour moi à elle seule le fait que la violence n'a pas sa place dans l'antispécisme.

Enfin, le plus grand problème de la CNV vient de tous ces Chacals déguisés en Girafe. Ces personnes qui tentent d'imposer la CNV à autrui sans regarder en face leur propre violence et qui ne retiennent de la CNV que ce qui les arrange.

Pour finir ce (long) article, quelques citations qui résument ma position vis-à-vis de la non-violence :

« Il y a trois sortes de violence.

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Dom Hélder Câmara

Dom Hélder Câmara

Dom Hélder Câmara


"Il y a un moment où il faut sortir les couteaux.
C’est juste un fait. Purement technique.
Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous à sa place.
Ce n’est pas son chemin.
Le lui expliquer est sans utilité.
L’oppresseur n’entend pas ce que dit son opprimé comme un langage mais comme un bruit. C’est dans la définition de l’oppression.
En particulier les « plaintes » de l’opprimé sont sans effet, car naturelles. Pour l’oppresseur il n’y a pas d’oppression, forcément, mais un fait de nature.
Aussi est-il vain de se poser comme victime : on ne fait par là qu’entériner un fait de nature, que s’inscrire dans le décor planté par l’oppresseur.
L’oppresseur qui fait le louable effort d’écouter (libéral intellectuel) n’entend pas mieux.
Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement différentes. C’est ainsi que de nombreux mots ont pour l’oppresseur une connotation-jouissance, et pour l’opprimé une connotation-souffrance. Ou : divertissement-corvée. Ou : loisir-travail. Etc. Allez donc causer sur ces bases.
C’est ainsi que la générale réaction de l’oppresseur qui a « écouté » son opprimé est en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça, c’est épatant.
Au niveau de l’explication, c’est tout à fait sans espoir. Quand l’opprimé se rend compte de ça, il sort les couteaux. Là on comprend qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Pas avant.
Le couteau est la seule façon de se définir comme opprimé. La seule communication audible.
Peu importent le caractère, la personnalité, les mobiles actuels de l’opprimé.
C’est le premier pas réel hors du cercle.
C’est nécessaire."

Christiane Rochefort

Christiane Rochefort

Christiane Rochefort

Étude basée sur le visionnage de l'atelier « Les bases de la Communication Non-Violente par le Docteur Marshall Rosenberg » Parties 1 (« Faire des observations sans jugement ; Communiquer ses émotions et sentiments ») et 2 (« Entendre les autres avec empathie ») et sur l'écoute des deux premiers CD sur quatre de « NonViolent Communication ; Create Your Life, Your Relationship and Your World in Harmony with Your Values » ainsi que la conférence de Marshall Rosenberg, Anne Bourrit et Godfrey Spencer en avril 2005 à Liège en Belgique pressée sur les 2 CD du coffret intitulé : « Devenons des humains libres et responsables ».

Liens :

NonViolent Communication ; Create Your Life, Your Relationship and Your World in Harmony with Your Values

NonViolent Communication ; Create Your Life, Your Relationship and Your World in Harmony with Your Values

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Silbad 17/07/2016 13:23

Bonjour et merci pour tout ça Emy,
t'ai trouvée en recherchant ''la CNV face aux propos racistes'', et je t'avoue qu'après t'avoir lue, je sens que je vais rompre avec l'illusion de trouver des solutions concrètes via la CNV, sauf à aller titiller directement Thomas d'Ansembourg, un de ses représentants européens.
Et du coup, ma demande est la suivante : pourrais-tu m'orienter vers des personnes ou organismes qui planchent (et interviennent) sur le Comment peut-on distinguer dans le discours d'un(e) raciste ses motivations profondes, la ou les sources de son rejet/peur de l'autre, etc ? et fort de cette connaissance/appréhension : Comment lui répondre ? ou autrement dit, et a minima : Comment témoigner de son antiracisme de manière à toucher/renverser qq peu notre interlocuteur ?
Tu t'en doutes, mon intérêt se porte également sur les réponses à toutes formes de rejet, mais aujourd'hui, je pressens l'urgence d'être formée à l'action-réaction contre le racisme, dont l'expression se libère, se débride de plus en plus autour de moi, et cela afin de juguler la montée fort probable d'une xénophobie politiquement correcte (suivez mon regard).
Allez, assez bavarder, et merci d'avance pour ton partage.
Bien à toi. Pascale.

Cygne 02/07/2016 23:30

Bonjour, j'ai eu envie de commenter votre article, étant dans la CNV depuis plus de 2 ans.
Il est extrêmement difficile de sortir de son habitude, de son conditionnement. on aura tendance à user de la CNV sans se rendre compte comme avec notre conditionnement. comprendre qu'il y a quelque chose qui cloche avec notre conditionnement mais ne pas savoir quoi! donc comprendre que la CNV touche une vérité mais ne pas comprendre comment l'utiliser. heureusement on peut s'en rendre compte. le plus important finalement dans la CNV c'est d'avoir de bonne oreilles de girafe bien musclées... c'est ça la grande force de la CNV. après il faut prendre vraiment conscience que lorsque les couteaux sont sorti, même l'opresseur souffre. il est une réalité basique, si quelqu'un essaie de faire souffrire quelqu'un d'autre, c'est que sa souffrance déborde. Si quelqu'un essaie d'opresser quelqu'un d'autre, c'est qu'il a peur.... et je ne souhaite à personne d'avoir peur. donc c'est difficile de voir le problème dans sa globalité sans auparavant avoir réussi à se déconditionner et voir les choses sans parasitage. Prendre conscience que l’on a toujours le choix à chaque instant.
Prendre conscience que l’on a très peu souvent les moyens de prendre conscience que l’on a toujours le choix à chaque instant. C'est un long chemin, mais il suffit pourtant d'un pas pour en prendre conscience. :)

Grussie 31/07/2015 14:38

Je suis tombée sur ce texte qui m'a rappelé ton article : http://apauliner.tumblr.com/post/125415136267/nonviolent-communication-can-hurt-people

Émy 09/08/2015 13:52

Merci beaucoup pour le lien, je vais lire ça dès que j'ai un peu de temps. :)

Yannick 22/04/2015 15:05

Très bien écris comme article, mais je dirais que cette marque déposé n'est pas vraiment une réalité car même si cette "méthode" est plus ou moins vendue avec des arguments marketing, le principe et la théorie sont très anciens, notamment dans la culture orientale en particulier dans le bouddhisme.
Souvent associée à de la lâcheté, surtout si on est un homme, ce mode de pensée (je préféré le définir ainsi) a besoin d'être diffusé pour aider le monde à guérir peu à peu, et ce monde fonctionne avec la pub et ses dévirés...

exno 18/03/2015 00:31

Je suis d'accord avec ton analyse je pense. J'ajouterai que j'ai jamais eu le courage de me pencher sur la CNV à cause du côté "marque déposée" qui me rebute pas mal...

Émy 24/03/2015 00:54

Je comprends parfaitement tes hésitations. J'ai aussi tardé à faire cette analyse à cause de ça.